Une naissance respectée

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\ Accouchement du 15 août 2014
t Durée : 21 heures et 45 minutes

Réveillée par de légères contractions vers 2h du matin, je me dis que c'est le grand jour quand la poche des eaux se fissure vers 6h30. Je retourne au lit et dis à mon chéri que je ne pense pas qu'on ira au mariage de ma soeur prévu le lendemain, ni qu'il fera beaucoup de travaux aujourd'hui (on est en train de rénover notre maison et ma belle-mère est chez nous pour nous donner un coup de main).

Evidemment je ne dors pas bien et on est d'ailleurs vite réveillés par notre fille de deux ans qui vient demander son lait et nous faire un câlin.

Mon chéri m'a installé l'application Contraction Timer sur mon téléphone et je deviens accro. A partir de 7h, mes contractions sont rapprochées (toutes les 3 minutes) mais de courte durée (20, 30 secondes maximum) et de faible intensité. J'envoie un message à E, ma sage-femme, pour la prévenir. Elle me dit qu' une autre maman se prépare également à accoucher aujourd'hui, et qu'elle ira au plus pressé d'abord. Elle me dit de ne pas essayer de hâter les choses en marchant trop ou faisant du ballon etc...

Quand je me lève, les contractions diminuent jusqu'à disparaitre pendant plusieurs heures. Je retourne m'allonger et passe la matinée isolée dans le cocon de la chambre. Je fais des réserves de nourriture, d'eau, prépare ma valise pour la maternité au cas où, et relis des livres ou témoignages d'accouchements.

Ma belle-mère et mon chéri s'occupent de notre fille et je peux vraiment être dans ma bulle.

Je ne déjeune pas en famille mais vers 15 h je mange une salade de carottes et concombre rapés en disant à ma belle-mère que je prends des forces pour le marathon à venir. Elle rit et me dit que c'est un peu léger pour un marathon.

Les contractions ont disparu et je me dis que c'était sans doute un faux travail en fait. Maintenant que la poche des eaux est fissurée, je sais que je n'irai pas au mariage demain et que le temps m'est compté pour accoucher à la maison même si E ne me presse pas. Pour mon premier accouchement j'avais dû aller à la maternité malgré notre projet d'AAD car la poche des eaux s'était fissurée et je n'avais pas de contractions. Cela c'était terminé en déclenchement et péridurale, bien loin de ce que je souhaitais... J'ai peur que le même scénario se reproduise. Cette fois-ci je n'ai pas le strepto B, ce qui me laisse plus de temps quand même.

E est maintenant libre, l'autre maman ayant accouché en fin de matinée. Elle me dit de la tenir informée et d'aller faire une promenade si je le souhaite.On part faire le tour du pâté de maisons avec chéri. Il fait beau, un peu trop de soleil à mon goût d'ailleurs. J'ai envie de calme et de pénombre.

Quand je me rallonge les contractions reprennent un peu, toujours courtes et de faible intensité. Je baisse les volets et me sens bien dans ma bulle. Je prends l'homéopathie que E m'a prescrite pour le jour J.

Vers 18h 30 je parle avec ma mère au téléphone. Je lui dis qu'il y en a encore pour des heures et des heures et que ça sera sûrement au petit matin comme pour mon ainée. A ce moment là les contractions s'espacent encore plus et sont encore légères. Je commence à désespérer.

Vers 19h30 elles deviennent un peu plus longues  (40 secondes) mais encore espacées de 4 à 5 minutes. Vers 20h je m'assois sur le ballon et là les choses plus sérieuses commencent: les contractions, toujours légères, se rapprochent: toutes les 2 à 3 minutes. Elles durent de 30 à 40 secondes. E me dit que le travail suit son cours. Elle est à 20 minutes de chez nous et me demande de l'appeler quand je sentirai que j'ai besoin d'elle.

A 21h20 les contractions deviennent de plus en plus fortes et je lui envoie un sms avant de trop souffrir. Elle me répond qu'elle arrive.

Je demande à mon chéri de coucher notre fille afin d'être disponible. Belle-maman qui dormait chez nous depuis quelques jours ira passer la nuit dans un hôtel à proximité. Elle nous laisse dans notre bulle tout en étant à côté pour garder notre fille si jamais nous devions partir à la maternité.

21h45: elle est là et j'ai besoin d'elle. J'ai mal et entre deux contractions lui demande: "mais qui a inventé l'accouchement?". Je pleure dans ses bras.

Elle me prépare de l'huile de massage avec de l'huile essentielle de sauge et me masse le bas du dos. Cela va rendre mes contractions plus longues et donc plus efficaces.  En même temps elle me dit d'aller dans les graves ("om" comme au yoga) pendant les contractions afin d'aider bébé à descendre et de ne pas perdre mon energie dans les sons aigus. Ses mains et sa présence physique et morale m'aident à surmonter les deux heures de tempête qui s'ensuivent. Dans la pénombre de la chambre, elle me suggère parfois de changer de position: sur le côté, sur le ballon penchée en avant accoudée au bureau, debout accrochée à elle, sur le lit à quatre pattes... J'ai peur qu'à chaque changement les contractions deviennent plus dures à gérer, mais elle est toujours de bon conseil.

Elle me demande si ça ne me dérange pas que mon chéri ne soit pas là. Il est dans le salon et vient nous voir de temps à autre. Mais dès qu'il passe la tête dans l'entrebaillement de la porte, je vois la lumière du couloir et ça me dérange. Le moindre bruit qu'il fait (comme se couper les ongles dans la salle de bains) me dérange d'ailleurs, et je ne manque pas de lui faire remarquer. J'ai besoin de silence, de pénombre et d'E. Je ne la laisse pas s'éloigner deux secondes de moi. Avec son aide, malgré la douleur, j'ai quand même la sensation de ne pas perdre pied. J'arrive à gérer les contractions. Elles passent. Je suis toujours là et je me détends entre chaque. Je souffle. Je profite de l'absence de douleur. Et je me dis qu'une fois que bébé sera là et que je n'aurai plus mal, je pourrai profiter à fond de cette détente physique. Quelquefois je sens que je peux perdre pied, lorsque je me mets à crier et que ma voix se perd dans les sons aigus. Ou quand je parle trop. Mais ma sage-femme me rappelle à l'ordre et m'aide à me concentrer. Je vomis quatre fois pendant ces deux heures.

Vers 22h45 elle me demande si je veux savoir à combien je suis. J'hésite un peu mais au final suis contente quand elle m'annonce que le col est ouvert à 8! Bon, quelques instants après je l'entends dire à Thomas que la descente du bébé va quand même encore prendre un peu de temps.

Et de contraction (douloureuse!) en contraction, petit à petit bébé descend. E me dit de visualiser/ d'accompagner mon bébé qui descend. Je m'installe sur le lit dans une position semi-assise. J'ai envie de pousser. Je pousse. E m'encourage à pousser plus longuement et plus fort. Je me souviens avoir lu qu'il faut "souffler" le bébé hors du corps plutôt que pousser (livre de Marie Bertherat je crois). Alors je souffle plus que je ne pousse. Je mets ma main et sens une tête qui n'est pas encore sortie. Je me dis que ça ne va pas être une partie de plaisir que de faire sortir cette tête.

Mais bon, E m'encourage, mon chéri est là maintenant, et après quelques poussées le petit corps de notre fille sort enfin! On est tout émus de la voir. Elle ne bouge pas, E la tapote un peu. Je lui demande si tout va bien et elle répond que oui, qu'elle est juste un peu sonnée (elle avait le cordon autour du cou). E reste très calme alors on est rassurés. Et voilà que notre fille se met à crier. Je la prends sur moi. On regarde l'heure: 23h44. Notre fille est née un jour férié tout comme sa soeur! Contrairement à cette dernière, elle ne grimpe pas immédiatement vers le sein mais reste tout contre mon ventre bien au chaud. Elle ne souhaite d'ailleurs pas téter tout de suite. E attend bien que le cordon ne batte plus avant que mon chéri ne le coupe. La placenta est un peu douloureux à expulser mais le plus dur est derrière moi. On le garde pour le planter au pied du magnolia de notre jardin. Je n'ai pas de déchirure, rien.

Elle fait quelques papiers pendant que l'on profite de notre petite beauté. Elle nous dit que c'est un beau bébé et effectivement quand on la pèse elle fait 3kg 750. A une semaine du terme.

Je tremble encore. Je tremblais avant qu' E n'arrive. Pas de froid ou de chaud, je tremble de je ne sais quoi. E me prend ma tension et je suis à 15,8. Pour moi qui suis plutôt à 11 d' habitude, c'est de l'hypertension. Cela va passer.

Je lui demande quel âge ont ses filles. Elle répond: "2 ans 1/2, 1 an et 1/2, et je suis enceinte de bébé 3!" C'est pour dans 5 mois et ça ne se voit pas.

Au bout d'une heure elle nous laisse et rentre se reposer de sa longue journée. Deux accouchements à 12h d'intervalle!

Je vais prendre une douche, mange des chips et des biscuits. Je chante n'importe quoi. Chéri nettoie la chambre, refait le lit avec des draps propres. On place notre petite beauté entre nous deux, en laissant la lumière du couloir allumée afin de pouvoir l'admirer toute la nuit...

Au petit matin, notre ainée se réveille et vient boire son lait dans notre lit. Elle est toute contente de découvrir sa petite soeur.  On est bien tous les quatre. Belle-maman revient avec des croissants et on savoure ce premier matin.

 

Je réalise que j'ai eu l’accouchement dont je rêvais depuis des années. Une naissance respectée. Toute en douceur. Le plus beau cadeau que je pouvais offrir à ma fille et à moi-même. Merci E !

 

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