Bébé est heureux de vous annoncer la naissance de sa maman

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\ Accouchement du 14 septembre 2011
t Durée : 8 heures
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“Adèle est heureuse de vous annoncer la naissance de sa maman : le 10 Août à 10h16. “

C’est par cette phrase que j’aime à parler de ce jour où ma vie à basculer. Adèle, bien au chaud dans son cocon, semble fatiguée depuis quelques jours. Les médecins qui l’observent de près aujourd’hui sont formels : sa santé s’est dégradée et son pronostic vital est engagé...

Le combat commence dans le ventre maternel pour cette petite demoiselle à la tête d’une armée composée de plusieurs dizaines de soignants. Mon compagnon et moi entrons également dans la bataille, tentant de cicatriser au plus vite cette blessure émotionnelle pour pouvoir assumer au mieux notre rôle de parents que nous n’avions pas imaginé revêtir aussi tôt. Nous sommes à 6 mois de grossesse.


13 septembre. Nous sommes à 7 mois de grossesse.

Certaines femmes ressentent cet instinct, ce signe qui leur indique que l’accouchement est pour bientôt et qu’il faut préparer le nid.
Aujourd’hui, inconsciemment, cet instinct se réveille en moi.

J’ignore pour quelles raisons, mais je me fais une fixation sur mes jambes poilues ! Cela fait maintenant un peu plus d’un mois que mon compagnon et moi sommes installés dans notre “maison secondaire” : le service de grossesse pathologique de l’hôpital situé à une heure de route de chez nous. Et il est vrai que l’angoisse permanente de perdre notre bébé m’a fait occulté tout forme de féminité...
“ Faut pas se laisser abattre mon bébé ! “
C’est par cette conviction que je me tortille dans tous les sens pour tenter de raser les poils récalcitrants, parce qu’après tout, “on ne sait jamais ce qui peut arriver et que je ne pourrai assumer d’avoir des jambes de yéti devant une équipe médicale...”


Mes jambes étant esthétiquement prête à l’accouchement, me voilà à mettre mon nez dans un guide de grossesse que je n’avais jamais voulu ouvrir auparavant...
“ Alors, qu’est ce qu’il y a dans ce bouquin ? … Ouvrons une page au hasard... Voyons... Tiens : césarienne. Comment ça marche une césarienne ?”

Mon compagnon rentre tout fier de sa journée de travail : il vient de procéder à la reconnaissance anticipée de notre bébé.
Sans le savoir, nous nous sommes préparés à son arrivée imminente.


14 septembre. 1h du matin en grossesse pathologique.

 

Un raz-de-marée innonde le lit et me réveille en sursaut. Je viens d’imploser de l’intérieur, ou plus poétiquement parlant, je viens de perdre les eaux ! La naissance, c’est pour aujourd’hui. 7 mois de grossesse, c’est très tôt. Notre bébé devra faire face à la fois à sa maladie et à sa prématurité. Nous ne savons même pas s’il parviendra à passer l’étape de la naissance...
Pour assurer un maximum de chance, il nous faut tenir jusqu’à 8h du matin, le temps que l’équipe médicale qui a suivi la grossesse puisse intervenir.


14 septembre 2011. 8h du matin en salle de naissance.

Je n’ai pas beaucoup dormi. Non pas que les contractions m’empêchent de sommeiller, mais le stress est trop important. On me prépare à la césarienne. Mon compagnon ne pourra pas être présent, c’est une déception mais je suis soulagée de savoir qu’au moins, il pourra être auprès de notre bébé au plus vite.


14 septembre 2011, 9h du matin en bloc opératoire.

 

C'est incroyable ce sentiment de solitude que l'on peut parfois éprouver au milieu de la foule. C'est exactement ce que j’éprouve lors de mon entrée dans cette salle d'opération. C’est étrange cette sensation : je suis à la fois le centre d’intérêt de la dizaine de professionnels présents, et pourtant, pas un ne me regarde. Ils s'affairent autour de moi, dans leur routine. L’un évoque la vente de sa voiture sur le bon coin, un autre plaisante sur les bêtises de son fils à l’école...

Pendant ce temps, je tremble, je ne peux plus contrôler mon corps. Je me sens seule et perdue. C’est alors qu’elle arrive à moi : l’infirmière. Cachée par un masque et une coiffe de bloc, je ne serais jamais à quoi elle ressemble... Un peu comme l’image du héros masqué qui surgit au galop, c’est elle qui m’accompagnera pendant mon accouchement, elle sera mon repère.


Je suis assise sur la table d'opération pour recevoir une rachi-anesthésie par une injection dans le dos, l’infirmière me tient dans ses bras et m'aide à respirer. Elle s'est parfumée avant de venir travailler, et malgré son changement de tenue, la flagrance est encore imprégnée dans son cou. Pendant qu'elle m'indique quand inspirer, quand expirer, je me concentre sur son parfum, détournant ainsi mon attention de toute l'agitation ambiante.


En me rallongeant sur la table, j'ose un :

« Vous sentez très bon. C'est quoi votre parfum ? » qui surpris cette dernière.

Elle met quelques secondes à me répondre, ne s'attendant probablement pas à avoir une conversion de « nanas » en plein bloc opératoire, à quelques minutes d'un accouchement difficile. Elle comprend à mon sourire que j'ai besoin d'une pointe de légèreté.

Elle me répond d'un oeil complice, pendant qu'un « champ » se dresse, séparant mon corps en deux, nous séparant déjà tous les deux : mon bébé, encore dans mon ventre en compagnie des médecins, moi en compagnie de cette infirmière qui, pour m'apaiser, me parle de parfums, de promenade forestière et de la cueillette des champignons en automne...


Dans cette « danse » chirurgicale, je sens, à un moment, comme si on appuit sur mon ventre, puis mon ventre se sentir plus léger. Je me demande intérieurement si le bébé est né. Mais parmi la dizaine de professionnels présents, pas un m'ayant prévenu d'un « félicitation, votre enfant est né ! », je me dis que ce n'est pas encore le moment de sa venue.

 

Au bout de quelques minutes, j'entends les bruits d'une agrafeuse. Je comprend alors qu'on me referme le ventre... et par déduction, que le bébé avait du naître à un moment mais que dans l'agitation de cette intervention pourtant réalisée dans un calme exemplaire, tous avaient oublié de signaler sa sortie express ! Déception. Moi qui rêvais d'une magnifique naissance comme dans les plus beaux documentaires, décidément, rien, depuis cette grossesse, ne se sera passé comme je l'aurais souhaité pour le bébé et pour moi.

 

L’obstétricien qui nous a suivi depuis notre hospitalisation entre dans la pièce pendant que ces confrères procèdent toujours à de la haute-couture sur mon bas-ventre. Il m'explique comment se sont passées les premières minutes de vie du bébé, quelles interventions avaient-ils réalisé, et la bonne nouvelle qu’aucune technique de réanimation avait été nécessaire.


Je n'écoute quasiment pas ses propos, je me contente de son sourire pour me rassurer et j'attends avec impatience qu'il m'annonce si notre bébé est  une fille ou un garçon.

Après tous les tracas de ces derniers mois, avec mon compagnon, nous nous avions réservé cette belle surprise pour le jour de la naissance.


Mais l'obstétricien continuait son discours médical. Il conclu par :

 

« Votre mari est en ce moment en réanimation pédiatrique avec votre bébé. Il descendra vous donner plus de nouvelles quand vous serez en salle de réveil. Vous avez des questions par rapport à tous ce que je viens de vous expliquer ?

–                    Euh oui, j'en ai une : c'est une fille ou un garçon ?

–                    Ah vous n'étiez pas au courant ?! C'est une fille.

–                    Super, ça c'est une belle surprise ».

 

Le sourire figé, plongée dans le bonheur de rencontrer enfin ma fille, je dis à l'infirmière parfumée :

« C'est son père qui doit être content : il a gagné. C'est le prénom qu'il a choisi que portera notre enfant : Adèle. »


Ce n’est que 19 jours plus tard que je pourrai enfin tenir ma fille dans mes bras. Un peau à peau magnifique qui me réconciliera définitivement avec cette accouchement “manqué”. Mais ceci est une autre histoire...

Au_jardin_des_souvenirs
50 pts

Commentaires

  • Sophie Bee Ton témoignage est magnifique, poétique et plein d'amour....j'en pleure....merci
    il y a environ 6 ans
  • Heure bleue Merci à toi d'avoir pris le temps de lire aussi :-) ça fait beaucoup de bien de lâcher prise sur cette histoire et d'en témoigner :-)
    il y a environ 6 ans
  • Nono Super récit d'accouchement! Merci de l'avoir partagé sur cet espace!
    il y a environ 6 ans
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