La naissance de gaïa et de sa maman ( long récit)

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\ Accouchement du 19 novembre 2016
t Durée : 15 heures

Je l'ai écrit un peu plus d'un an après mon accouchement. J'ai eu besoin de m'en remettre avant de vous le partager comme vous avez partagé le vôtre. Aujourd'hui j'attends bb2 pour Octobre... Au prochain récit... 

18 Novembre 2016, après midi:

Mon terme est prévu dans 3 jours. Je suis à bout. J'ai l'impression que cette grossesse ne se terminera jamais et que je suis condamnée à être enceinte toute ma vie.  Et pour cause, je fais depuis des mois une dépression pré-partum qui se caractérise par des pleurs constants, des crises d'hystérie, une solitude que je m'impose. Bref je suis au fond d'un trou abyssale mais là n'est pas le sujet. Mon homme décide de me faire sortir un peu de la maison et me tire de force chez la future marraine pour boire un café. J'en profite pour me plaindre mais aussi, et surtout me détendre. Envie pressante  -ce qui arrive a peu près toutes les heures a ce stade de la grossesse-, sauf que cette fois-ci, quelques tâches rouge apparaissent. Le stress. J'en informe le futur papa et nous voilà partis aux urgences de la maternité. Il me dit que c'est pour ce soir, je ris amerement, je n'y crois plus.

 

17h: On a bien attendu des heures avant qu'on nous prenne en charge. On m'emmène faire une échographie. Elle prend son temps. Elle ne dit rien pendant que j'imagine le pire. Nôtre fille va bien mais elle n'a presque plus de liquide d'où les pertes de sang. Ah. Et donc ? Et donc déclenchement prévu pour demain matin. Je proteste, même si je veux qu'elle sorte de là ce n'est pas au détriment de mon projet de naissance d'avoir un accouchement physio. Je ne veux pas de péri, ni d'hormone, ni qu'on perce la poche des eaux. On a assez maltraité mon corps pendant la grossesse. Je veux qu'on nous laisse mon bébé et moi. Lorsque je parle de mon envie d'accoucher sans péri, la sage femme qui m'a fait l'écho se marre, moqueuse: " Madame, c'est votre premier, vous savez même pas ce que vous dites". Je serre les dents. Ce sera déclenchement demain à 8h, non négociable mais avant, décollement des membranes. Les touchés vaginaux me font déjà mal au point de saigner juste après mais elle me rassure en me disant que ça ne fait pas plus mal et que c'est pour le bien de mon bébé, alors je capitule. Plus jamais de ma vie je laisserai quelqu'un me refaire un truc pareil. J'ai mal, je suis en larme, j'ai peur. "Exagerez pas madame, on va vous conduire à votre chambre. Prenez des forces car vous accouchez dans 8 heures". 

19 Novembre 2016 :

00h30: Je suis dans ma chambre. Le futur papa dort avec moi car j'ai besoin de lui plus que jamais. Comment dire que quand on sait que demain c'est le jour J, bah, on dort pas vraiment. Je somnole.

3h30: Je tourne et me retourne. Je pense qu'on va me déclencher et je rage à cette idée. 

4h: ça suffit. Ce bébé va sortir de lui même. Je suis déterminée comme jamais. Il est hors de question qu'on me pose des hormones.  Je réveille le futur papa qui a dû mal à immerger. Il semblait dans un profond sommeil, le chanceux. "On va marcher. Je te dis qu'elle va sortir d'elle-même". Devant mon air déterminé, il se lève sans rechigner et nous voilà à déambuler dans les couloirs en pleine nuit. 

4h30: Je m'épuise rapidement mais je lâche pas. Je vais même prendre les escaliers. Je sors prendre l'air. Sauf que cette fois, quand je remonte : Aïe. ça pique. Mais bon, ça doit être moi. Je continue mais cette-fois je m'arrête régulièrement et je souffle. Le travail a bel et bien commencé, j'en suis maintenant persuadée.

5h: J'ai mal. Nous sommes retournés dans la chambre. Je douille. Je pense que je n'ai pas dormi de la nuit et que mon dernier repas date d'hier midi (Ah si j'avais su). Enfin, pour le moment la seule chose qui me tiraille c'est la douleur. 

5h30: Je perds déjà pied parce qu'entre mes jambes je perds beaucoup de sang et j'ai passé la majorité du temps dans les toilettes à vider mon intestin entre deux contractions. Personne ne m'a prévenu que ça se passerai comme ça. Pourquoi personne me l'a dit ?! Moi j'ai juste appris à souffler, m'entourer d'une belle et jolie bulle. Comment vous voulez faire quand vous êtes pleine de sang et que vous avez l'impression -ou pas- de vous chier dessus ?! 

6h : Le sang me fait paniquer. Je sonne. J'ai oublié mon homme pendant tout ce temps qui me soutiens du mieux qu'il peut mais je me sens sale et j'ai mal. J'explique à l'infirmière que je perds beaucoup de sang, c'est normal doc' ? Elle m'explique que oui, qu'il faut pas m'en faire et qu'il faut que j'aille prendre une douche pour le déclenchement. Sérieusement ?! Elle a vu ma tête ou bien ?! Elle m'écoute pas et j'ai pas la patience de la contredire. Elle me donne du laxatif pour l'accouchement "Euh je crois que je vais pas en avoir besoin, merci". Elle revient me chercher dans une heure, dit-elle. Je n'arrive pas à lâcher prise et laisser mon corps travailler, je lutte contre moi-même.

7h: Je prends une douche entre coupée par mes allers-retours au toilette. J'ai toujours l'impression que je vais me faire dessus et c'est très désagréable comme sensation. Elle avait raison sur une chose la sage-femme : La douche me fait un bien fou. Elle diminue un peu la douleur et je me sens mieux dans ma peau. Mon homme me lave, me masse, me rassure. Je ne veux pas sortir de là. Oh mais, vite chéri sort, toilette. Je me vide une énième fois avant que la sage femme ne redébarque comme une fleur avec son idée de déclenchement.

 

8h30: "Vous êtes prête madame ?" Oui, oui et re-oui. L'étage et le rez-de-chaussé me semble être à des bornes. Je m'arrête toutes les deux minutes. La sage-femme est patiente. je  m'accroche au futur papa en poussant des râles. Les contractions deviennent de plus en plus fortes au point de devenir insupportables pendant le trajet. On nous fait patienter dans une chambre en attendant une autre sage-femme.

9h30: Toujours dans cette chambre, je supplie mon homme d'appeler ma mère. J'ai besoin de l'entendre. J'ai besoin d'elle. Il me demande si je suis certaine parce qu'il sait  qu'elle va stresser plus qu'elle ne va m'aider mais j'insiste alors il s'exécute. Je suis accrochée sur l'évier de  la chambre. Le miroir en face de moi me m'envoi l'image d'une folle. Je fais peur avec mes cheveux humide, mon visage contracté par la douleur et mon teint blême. Quand j'entends la voix de ma mère je me mets à pleurer comme une petite fille. J'ai peur et une nouvelle contraction vient m'arracher un cri de douleur. Je ne peux plus parler et ma mère panique. Mon homme enlève le haut parleur et rassure ma propre mère. Je lui dis que c'est pas possible, que je vais accoucher là, maintenant et que je tue la sage-femme si elle me dit le contraire. Je m'imagine que je dois être à 8 facile parce que la douleur ne peut pas être pire. 

10h: J'ai l'impression d'être une épée en train d'être scupltée. Je suis du fer chaud qu'on tape avec un marteau pour me façonner. La sage femme arrive enfin et me conduit voir l'autre sage-femme, celle d'hier, celle qui m'a fait le décollement des membranes. Elle me dit que c'est l'heure du déclenchement. Je vais la tuer. Je lui souffle que c'est trop tard, et que j'accouche. Alors elle m'examine. "Vous êtes à 3". 3?! 3 comme 3 ?! Foutage de gueule. Le monde s'écroule et je perds pied. Elle me demande si je veux toujours pas la péridurale. Je me sens humilié  mais je dis que oui je la veux. Je crois que je la supplie même. "Bah vous voyez que finalement vous la voulez". J'en perds mon lapin. Le futur papa ne dit rien, je pense qu'il est soulagé que je décide la prendre, il devait ne plus supporter me voir souffrir.

11h: Direction la salle de travail. L'anesthésiste ne tarde pas. Je crois que j'ai attendu 30 minutes, pas plus. Elle est douce et efficace. Elle attends la fin de la contraction pour me la poser et je ne ressens rien si ce n'est que du soulagement 10 minutes plus tard. Bonheur. La douleur s'en va. Je suis branchée de partout et je ne sais plus bouger du bassin jusqu'aux pieds mais je n'ai plus mal. A partir de là, mes souvenirs sont plus flous, voir inexistant. Peut être parce qu'il ne se passe rien. 

13h: J'ai faim et terriblement soif mais je ne peux rien avoir. Je bois un peu de l'eau du brumisateur aidé par mon complice, ça fait du bien mais ça laisse un goût de trop peu. Le temps passe entre des petites siestes, des sms, des visites de la sage-femme qui flic mon col. Je m'en tape, je n'ai plus de sensation alors qu'elle fasse ce qu'elle veut. Le repos  me fait du bien et la sage femme qui me suit est douce et agréable. Je vois qu'elle fait ce qu'elle peut, elle me change de position assez régulièrement en me soulevant seule car je suis incapable de bouger. Je me mets à sa place et je me dis que ses journées doivent être épuisante. 

14h: Le travail n'avance plus assez vite selon le protocole de la maternité. 1 doigt toutes les heures ou on doit percer la poche de eaux ou mettre des hormones, me dit la sage femme d'un air sincèrement désolé. Elle n'a pas le choix. S'en suit une longue négociation avec moi et mon homme contre elle. On gagne 30 minutes et si le col n'a toujours pas bouger alors il faudra choisir, elle ne peut pas nous proposer mieux sans se faire taper sur les doigts. 

14h30: Rien n'a bougé. C'est la deception. Tout ça et je termine au final avec des hormones. Je suis dégoutée. 

17h30 : Mon col est à 10 mais notre fille est encore haute, il faut la laisser descendre. J'ai hâte de faire sa connaissance, le temps semble terriblement long. Je m'ennuie ferme.

18h30 : C'est le grand moment. J'ai les pieds dans l'étrier. Je vais rencontrer mon bébé. J'ai peur et en même temps, j'ai tellement hâte de la voir. J'ai de la chance parce que même si je suis incapable de bouger le bas de mon corps, je perçois quand même les contractions et l'envie de pousser. Je suis concentrée. Je suis incapable de dire combien ils sont dans la pièce. Mon esprit est focalisé sur ce que je sens, le reste je n'écoute pas. On me dit de pousser quand y'a une contraction mais j'ignore complétement ce que la sage femme me dit, je SAIS quand c'est le moment et des fois, elle se trompe. Elle me laisse vite prendre les choses en main en comprenant que j'arrive très bien à gérer seule. La poche du placenta se rompt, la sage femme a juste eu le temps d'esquiver la douche. 

18h50: C'est instinctif. C'est en moi. Comme si j'avais toujours su. La dernière poussée est compliqué et je commence à fatiguer. Ma fille aussi d'ailleurs. "C'est maintenant madame, il faut vraiment y aller, votre fille commence à faiblir." Je comprends au ton et au regard de la sage femme que si je ne la sors pas maintenant, j'aurais le droit au forceps, épisio et j'en passe. Cette menace me suffit pour rassembler tout ce que j'ai. A ce moment précis, une force m'envahie. Quelque chose d'animal et indescriptible. J'accepte de devenir mère et je lâche enfin prise.

19h: Dans un dernier effort, Gaïa pousse son premier cri. Nous sommes le 19 Novembre à 19h, et j'ai ma fille sur moi. Elle est magnifique, rose, lisse, une jolie  tête ronde. Elle pleure et c'est le plus beau que je n'ai jamais entendu. Il n'existe pas de mot assez fort pour exprimer ce qu'on ressent à ce moment là. C'est un mélange de tellement de sentiment puissant qui en font un sentiment unique . Un tsunami d'émotion contradictoires. C'est irréel. J'extériorise par des pleurs. Je regarde ma fille, puis mon homme. Ils sont merveillieux. Le papa coupe le cordon alors qu'il a cessé de battre, drôle de sensation. 

Le soulagement, c'est enfin terminé. Sauf que non enfaite. Le placenta ne sort pas. J'ai eu le temps de faire du peau à peau, trop peu à mon goût avant qu'on s'affaire de nouveau sur moi. On tire. On appuie. La péri fait encore effet alors c'est désagréable mais gérable. De nouveau la sage femme menace, va falloir appeler l'obstrétricien pour aller le cherche à la main. Je panique. Je réflchis vite. Je me souviens avoir lu ou entendu que le placenta sort avec les les contractions et il se trouve que j'en ressens encore une. "Euh... et si je pousse ?" Je vois la sage femme un peu décontenancée mais elle me dit d'y aller. En une petite poussée, le placenta sort enfin. C'est bon, c'est terminé ? Non, le calvaire continu, une artère ou un truc du genre s'est perforée avec le passage et le sang gicle. Le temps de me recoudre et la péri ne fait plus effet. La procédure fait que régulièrement il faut "appuyer" (le mot est faible) sur le ventre pour voir si ça ne relâche pas. Je n'ai plus d'anesthésie, je viens d'accoucher et on appuie sur mon ventre avec tout son poids encore et encore. C'est horrible. Je pensais que la douleur était derrière moi à la sortie de ma fille mais c'était tout le contraire. J'ai l'impression qu'on me torture littéralement. Jusqu'à ce qu'on remonte dans la chambre où une énième fois une dame est venue appuyer sur mon ventre, la fois de trop puisque j'attrape son poignet et je lui dit que c'était bon, que ça suffisait. ENFIN, on peut pofiter à 3 dans -le calme- de la nuit. 

 

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