Césarienne programmée pour rciu

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\ Accouchement du 21 octobre 2014
t Durée : 30 minutes
"A ma fille, Je veux te raconter le plus beau jour de ma vie, celui de ta naissance; mon mariage avec ton papa passant désormais au second plan, bien qu'il reste un événement merveilleux... Nous sommes le 21 octobre 2014. Nous arrivons à la maternité à sept heures du matin. Valises en mains, nous recherchons le service consacré à notre rendez-vous du jour. Nous parlons peu. Nous sommes excités comme des enfants. Nous n'avons quasiment pas dormi la veille. C'était notre dernière nuit à deux, et malgré ce savoir la réalité n'arrivait pas à nous rattraper. Malgré les huit mois partagés avec toi dans mon ventre, mois de complicité mêlée de coups de pieds et de hoquets rigolos, nous ne réalisions pas que nous allions devenir tes parents... Nous arrivons donc dans une salle d'attente. Il y a déjà deux autres couples, mais je suis la seule patiente avec un gros ventre. Contrairement à nous, eux n'ont pas vraiment l'air ravis d'être ici. Je ne peux m'empêcher de me demander la raison de leur présence: Insémination? Avortement? Je ne sais pas, mais l'expression de leurs visages ne m'inspire que de la peine. Pendant quelques secondes, je me suis même vue culpabiliser d'afficher fièrement ce si joli ventre. Mais cette pensée a été rapide, car finalement c'était leur histoire. La nôtre allait débuter dans quelques heures, donc j'ai décidé d'être égoïste et de ne pas m'attrister en ce jour si parfait. Vers huit heures, on vient nous chercher pour nous emmener dans ce qui sera notre chambre la durée de notre séjour. On me donne une sorte de chemise de nuit horrible, blanche à pois bleus (ou le contraire), tenue que je dois mettre immédiatement et que je garderai jusqu'à ma prochaine toilette. Avec ton papa, nous rions beaucoup, car nous ne savons pas dans quel sens je dois porter cette chose. Si je met l'ouverture devant, j'ai la foufoune à l'air, si je met l'ouverture derrière, j'ai les fesses à l'air. Nous sommes encore en pleine réflexion lorsque l'infirmière revient. Une fois "habillée" (oui, les guillemets sont de rigueur car même la culotte est proscrite), je m'installe sur le lit afin de subir ce qui sera ma première grande épreuve de la journée: la pose de cathéter. En effet, il aura fallu quatre personnes différentes pour transformer mon bras gauche en gruyère. Le dernier infirmier s'appelle Xavier. Et celui-ci, je le prendrais bien dans mes bras si je pouvais! L'homme qui tombait à pic! S'il était arrivé un quart d'heure plus tôt, je n'aurais sûrement pas eu un bras tout bleu et marron le lendemain. L'excuse des infirmières était que ma main était trop gonflée à cause des œdèmes de grossesse, et que cela les empêchait de trouver mes veines. Xavier, lui, il les a trouvées! Je ne pensais pas que mes premières larmes de cette journée si particulière seraient dues à cette aiguille... Il est neuf heures, et le personnel m'annonce que je ne suis pas prête d'accoucher car mon médecin est un lève-tard. Même si le mépris qui fuit dans le ton de leurs voix me tape légèrement sur le système, nous ne pouvons rien faire d'autre que d'attendre notre super gynécologue, tant détesté par les infirmières. Nous, on l'aime bien ce docteur D. Il est certes tout le temps en retard, mais il est génial: professionnel, à l'écoute, blagueur, amical, narcissique, sarcastique et avec un humour noir tel que nous l'adorons ton papa et moi. Bref, en l'attendant, je laisse ton papa choisir les vêtements que tu porteras pour le premier jour de ta vie: un pyjama rose "Minnie" offert par mes parents, et un bonnet blanc avec des petits cœurs. Neuf heures et quarante-cinq minutes, le Dr D. vient nous saluer, accompagné de ses hypocrites assistants que sont les infirmiers et les sages-femme. Il nous annonce que je ne vais pas tarder à descendre au bloc opératoire, que tu seras née avant onze heures. Ton papa et moi, nous nous regardons. Ça y est, tout devient réel. L'angoisse nous oppresse, mais ce sourire d'imbéciles heureux ne nous quitte pas. Tout est prêt: tes affaires, mes documents administratifs, nous. Il ne manque plus que toi dans nos bras. Dix heures et vingt minutes, les brancardiers viennent me chercher. Ton papa m'accompagne sur quelques mètres à peine. Il n'a pas le droit d'assister à l'accouchement. Nous sommes obligés de nous séparer à la première d'une longue série de portes coupe-feu. Un dernier bisou pour moi, le prochain sera pour toi. Si tout va bien, ton papa t'attendra dans la salle de soins afin de t'accueillir et faire ta connaissance en peau-à-peau. Les murs blancs défilent à une vitesse incroyable. Maintenant que je suis toute seule, je m'accorde le droit d'avoir peur. Ton papa est un grand angoissé. J'ai donc été jusque là l'exemple même de la sérénité absolue. Je réalise que je vais être opérée. Le docteur va m'ouvrir l'utérus et en sortir un bébé, MON bébé. Je pense à ton papa, à notre parcours ensemble. Bien sûr, je pense au pire qui puisse arriver. Mais j'ai une confiance quasi-aveugle en mon gynécologue. J'arrive dans une pièce bizarre, une sorte de sas. Les brancardiers me soulèvent de mon lit de chambre vers un lit d'opération. Je veux leur dire que je peux me lever toute seule, mais l'angoisse me coupe la parole. Je les laisse faire. Et là, j'attend. Je ne sais pas trop ce que j'attend, et je viens même à penser qu'on m'a peut être oubliée ici. Au bout d'un long moment, on me transfère enfin dans une nouvelle pièce: la salle de réveil. C'est grand, blanc, froid, rempli de patients qui attendent d'être opérés de je ne sais quoi ou de rejoindre leur chambre. Je suis toute seule, j'ai peur. Je me rend compte que je tremble comme une feuille, et je ne sais pas depuis combien de temps ça dure. J'ai envie de pleurer, car j'ai besoin de ton papa à mes côtés, mais le règlements de l'hôpital nous l'interdit... En tête à tête avec moi-même, je me pose plein de questions. Qu'est ce que je fous là? Quelle tête vas-tu avoir? Seras-tu en bonne santé? D'un coup, je panique. Je veux crier au personnel de me ramener dans ma chambre, mais il n'y a personne. Je ne veux plus être opérée. Je veux te laisser la chance de sortir toute seule quand tu seras prête. J'ai froid et je suis effrayée. Je veux rentrer chez moi, me cacher dans mon lit et vider mon corps de toutes ces larmes de peur. Mais je n'ai plus le choix. J'y suis, j'y reste. Heureusement, une étudiante infirmière, que j'ai rencontré plus tôt dans la chambre lors de la pose anarchique du cathéter, me rejoint. Elle s'appelle Virginie S. et a demandé à nous suivre ton papa, toi et moi, tout le long du séjour. Elle va donc assister à ma césarienne, la première de sa carrière. Elle est vraiment gentille et m'aide à me changer les idées en me faisant la discution. Nous parlons de ton papa, de ma vie et de la sienne. Elle me raconte ses deux accouchements. Elle a deux fils, nés par voie basse très difficilement et douloureusement (je t'épargnerai les détails). Sa technique fonctionne: j'ai toujours peur, mais ma respiration s'est calmée. Une pendule est accrochée en haut du mur blanc fac à moi: onze heures et quarante cinq minutes! Là, je repense à ton papa et le stress se fait de nouveau sentir. Il est tout seul, dans un endroit inconnu, à attendre que tu arrives. Je demande à Virginie si ton papa a été prévenu du retard, en lui rééxpliquant quel angoissé il est. Elle me dit d'abord que oui, c'est évident qu'on le lui a dit. Puis, prise d'un doute, elle s'en va poser la question à la chef des infirmières. Cette dernière arrive d'un pas agacé et me dispute comme une enfant, en me disant que bien sûr ils n'ont pas laissé mon mari sans nouvelles! Je me sens toute petite, j'ai envie de me cacher à nouveau, honteuse... Mais j'apprendrai plus tard que non, ton papa n'a pas été prévenu. Je suis désolée ma fille, mais quelle connasse celle-là! Vers midi dix, le Dr D. vient me voir pour s'excuser et m'expliquer qu'il y a eu des urgences et qu'on lui a "volé" son bloc. Peu après sa visite, une autre étudiante infirmière de bloc arrive. Elle m'annonce de but en blanc que je ne vais pas être césarisée. Sur le moment je ne comprend pas bien où elle veut en venir. Les mots ne sortent plus de ma bouche. Que se passe-t'il? Mon médecin a eu un accident? Il y a trop d'urgences? On ne m'opérera que demain? Ou alors peut-être qu'ils ont confondu mon dossier avec un autre et que cette bonne femme sortie de nulle part va me couper une jambe? Pourtant, même si je suis allongée, mon ventre rond se voit non? Toutes ces questions ont eu le temps de faire trois tours dans ma tête avant qu'elle n'enchaîne avec un long discours sur la césarienne, trop souvent considérée comme une opération au lieu d'un accouchement. J'ai à peine le temps de relâcher mes nerfs après cette énième frayeur que, ça y est, on m'emmène au bloc. Enfin! Je ne sais pas quelle heure il est, mais tout va très vite désormais. L’anesthésiste, les sages-femmes, les infirmiers, les puéricultrices... tout le monde se présente à moi, mais je m'en fiche royalement de savoir qui est qui. Je tremble à nouveau de tout mon être. On me parle mais je ne comprend rien. C'est comme si une bulle s'était formée autour de moi. Je les vois m'adresser la parole, mais les mots ont du mal à atteindre mon cerveau. Où est passée Virginie? Je ne la vois plus. Notre long échange nous avait rapprochées, et nous avions fini par discuter comme si nous étions des amies de longue date. Et ma fragilité du moment m'avait menée à la considérer comme mon pilier pour cet instant éprouvant, à défaut de ton papa. Mais elle avait disparu de mon champs de vision, et ma peur me paralysait. L’anesthésiste me demande de m'asseoir sur le lit. Il va m'injecter la rachi-anesthésie dans le bas de la colonne vertébrale. J'ai lu beaucoup de choses, notamment sur Internet. Je savais que je devais faire le dos rond, et que si je ne voulais pas être piquée plusieurs fois je ne devais en aucun cas bouger. La position n'est pas désagréable, et je resterais bien comme ça si j'avais le choix, le visage caché dans ma poitrine. Mais je sens l'aiguille s'enfoncer dans mon dos, et je ne peux m'empêcher de sursauter légèrement. Je visualise cette longue pointe transpercer mes os, et je me crispe pour ne plus bouger. Je n'ai pas eu si mal que ça, juste une petite brûlure à peine sensible. Les infirmières m'allongent sur le dos à nouveau. Elles me mettent des petits patchs ronds partout sur la poitrine et m'attachent les bras. A ce moment, j'ai la ridicule image de Jésus et je souris niaisement à ma pauvre blague pas drôle. On m'installe un brassard au bras droit pour surveiller ma tension. La dame tape sur le tensiomètre car les nombres affichés sont bizarres. Non madame, ce n'est pas votre machine qui délire, ce sont mes nerfs qui font les montagnes russes! L’anesthésiste me pose une "boite" à côté du visage et me dit que je vais vomir. Ah bon? Non, ça va bien, merci quand même. Je sens une chaleur douce irradier dans ma jambe droit, puis dans la gauche. J'aime bien cette sensation, qui s'oppose à la froideur lancinante du bloc. Je sais que dans peu de temps je ne sentirai plus le bas de mon corps. Je m'amuse à regarder mes pieds jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus bouger. Mais ce jeu est interrompu par le personnel qui pose le champs opératoire. C'est un long drap qui m'empêchera de voir la boucherie qui va se tenir de l'autre côté. Je me met à penser que cela ne me dérangerait finalement pas de tout voir. J'ai cherché une faille, un reflet qui me permettrait d'assouvir ma curiosité malsaine. Mais c'est qu'ils sont prudents, et je me retrouve donc bredouille. Tandis que je rumine ma déception, je sens qu'on bouge mes jambes dans tous les sens. Je suis toute nue devant une quinzaine d'inconnus depuis un bout de temps, et je viens juste de m'en souvenir... Je sens mes joues rougir de honte quand j'entend mon gynécologue annoncer "C'est parti!". Tiens? Il est arrivé quand lui? Je sens qu'on me touche, mais je ne ressens aucune douleur. J'entend parler autour de moi. Mon corps remue dans tous les sens sans que je ne puisse rien y faire. En fait, je trouve cela plutôt rigolo. Le docteur D. fait des blagues, fidèle à lui-même. J'en oublie presque la raison de ma présence ici, jusqu'à ce qu'il se mette à me grimper dessus et à appuyer sur mon ventre pour te faire descendre. Un coup d’œil à ma gauche, je vois l'anesthésiste qui me fait un clin d’œil avec un pouce en l'air. J'en déduis que tout va bien et que tu es presque sortie. Ça tire sur mon ventre, mais toujours aucune douleur. Et là, je me sens délivrée. Mon ventre est vide, mais mon cœur est rempli de bonheur. Je ne te vois pas encore, mais il est midi cinquante-deux lorsque j'entend ta douce voix pousser ses premiers cris. Quelques secondes d'attente et l'on vient te montrer près de mon visage. "Manon, nous te présentons ta Maman!"... Tu es si belle, les mots sont bloqués au fond de ma gorge. Je suis maman. Je te fais un bisou timide sans ne rien dire, et on t'emmène pour les premiers soins. Une fois loin de mes yeux, je m'accorde une petite larme. Mais je n'arrive pas à pleurer réellement. Suis-je trop pudique face à tous ces inconnus? Ou tout simplement je ne réalise pas ce qui se passe... Tandis que l'on me recoud, je plane en t'imaginant avec ton papa. J'aimerais tant voir sa tête! Est-ce qu'il pleure? Mais non, te revoilà près de moi. On me détache une main pour que je te papouille avant de t'emmener auprès de lui. Tu pleures encore, et une puéricultrice me demande de te parler, ce que je fais donc. Tes cris cessent tout à coup, et tu cherches d'où vient ma voix. C'est à ce moment que je suis tombée amoureuse de toi, ma fille. Tu as su reconnaître ta maman sans ne l'avoir jamais vue. Ces huit mois à te parler au travers de ma chair n'ont pas été vains. Je veux te serrer dans mes bras à t'en étouffer d'amour. Mais je ne peux que t'admirer et sentir mon cœur se briser lorsqu'on t'emmène à nouveau loin de moi. Tu recommences à pleurer, et j'entend tes hurlements briser le silence du couloir qui sépare tous les blocs. Je repense à toutes ces personnes croisées peu de temps avant en salle de réveil, et je me sens fière car je me dis que eux aussi t'entendent. Parce que moi, j'ai donné la vie aujourd'hui, et pas eux! Le pire c'est que je n'ai même pas honte de penser à ces pauvres malheureux de la sorte..."
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