Isayah-grace amour de moi

postée
\ Accouchement du 16 mars 2010
t Durée : 10 heures

Nantes 2010. Nous sommes le 16 mars. Et depuis ce matin, je ne sais pas, je ne me sens pas très bien. Pas envie de manger. Le petit déjeuner de 6h à la maternité, trouble mon sommeil. Moi qui passe des nuits blanches depuis quelques jours,c'est au petit matin que j'arrive à fermer l'oeil. Mais grrr! Toc-toc, votre petit déjeuner et juste après la pose du monitoring.

Depuis décembre déja je suis hospitalisée. Allongée. Cerclage, mal au rein droit. Et depuis le 16 février date d'anniversaire du futur papa) poche des eaux fissurées. Tous les jours je perds du liquide amniotique et tous les jours je dois boire plus d'1 litre d'eau pour compenser la perte du "précieux" liquide dans lequel ma "puce" baigne.

Qui dit fissure, dit "infiltration de microbes et donc prises d'antibiotiques pour contre-carrer tout ça et mettre à l'abri la puce.

Je ne bois que ca de l'eau. Ça tombe bien, je ne supporte plus tous les sodas que j'apprécie tant, en temps normal. Qui dit cerclage, dit naissance avant terme.

Je m'ennuie. Allongée, allitée. je lis tout ce qui me tombe sous la main. La bibliothécaire de la maternité passe deux fois par semaine. Et elle est à chaque fois surprise de me voir "dévorer" tous les romains en l'espace de quelques jours. Elle me disait: "Ah si votre fille n'aime pas la lecture, alors là..." Effectivement, aujourd'hui ma puce raffole des livres. Y'a t'_il un lien?

Malgré les livres, internet et la télé que j'ai dans ma chambre, je ressens le vide. Mon Dieu. Je passe mon temps à penser, réfléchir. J'attends avec grande impatience l'arrivée de mes soeurs qui essaient de passer tous les jours après le boulot. A cause de la grippe aviaire (H5N1), les visites à la maternité sont strictement réservées au futur papa. Futur papa étant pas sur place (car resté au Cameroun avec les autres bouts de chou), ce sont mes soeurs qui viennent me rendre visite. Et encore l'accès étant limité à une seule personne fixe, mes deux soeurs jonglent, en se faisant passer pour ...la même personne. A ce qu'il paraît, les noirs se ressemblent tous!? Avantage pour moi.

Je savoure les appels de ma famille restée au Cameroun (mari et enfants); de mon frère, ma soeur aînée tous deux à Paris, de mon papa au Congo.

Besoin de me concentrer sur ma grossesse pour la mener à bien le plus longtemps possible; histoire que la puce arrive avec toute l'énergie possible. Mes soeurs m'apportent des catalogues de bébé pour le mobilier, les vêtements et ce sont elles qui me font mes courses (que ferais-je sans elle)?

Chaque jour passé, est un jour de gagner et tout le monde m'encourage à tenir. Malgré mes douleurs très très fortes au rein, je veux poursuivre ma grossesse le plus loin possible. Je ne veux pas non plus qu'on me donne trop de médicaments. Je rappelle tout le temps à la sage-femme que je suis enceinte, ce n'est pas en contradiction avec mon état ce "Nubin"? Ce fameux médicament , dérivé de la morphine qui soulage mes douleurs "insupportables". A chaque fois elle me sourit et me rassure. Les bons jours ca marche; les mauvais jours je tourne dans mon lit. C'est à ce moment que le Gynéco ne sait plus quoi me dire, juste: "dans votre état, on ne peut vous donner grand chose". Je comprends bien...mais purée..ca fait mal.

Il commence à faire un peu beau en février. Je m'imagine dehors, en train de me balader, de marcher. Toc-toc, on vous accompagne pour votre échographie reinale; 1 fois par semaine mon rein gauche continue à se dilater au fur et à mesure que la puce grandit. Je savais à quoi m'attendre: et le rein continue a s'applatir, se déformer. Donc la douleur ne partira que lorsque j'aurais accouchée. Dilemme. Malgré toutes les douleurs, je sais que je veux mener cette grossesse à terme.

S'ensuit l'échographie pour voir, à quel niveau est le liquide amniotique, est-ce-que la puce a suffisament d'eau pour être à l'aise? Ça va, ça continue à couler, mais boire toujours beaucoup d'eau.

De retour en chambre, monitoring...Aucune contraction. Et la puce va bien. Encore un jour de gagné.

Etant donné que la puce ne fera pas ses 9 mois dans mon "bidon" que je trouve petit, j'ai droit à deux piqûres pour faire mûrir ses poumons plus vite et l'aider a respirer toute seule. Ça fait mal, ca chauffe et ca fait déprimer m'avait -on dit. Je confirme. Pour la douleur je m'étais préparée, mais pas pour les chaudes larmes nocturnes...toute la nuit sans raison apparente, j'ai "dé-pri-mé". J'en ai parlé à la sage-femme.

Douleur au dos, douleur ligamentaire. J'ai droit à 2 séances de massage avec la kiné qui vient dans ma chambre. Humm, un peu de douceur. Malheureusement, 30 minutes, ca passe vite à mon goût. Quelques fois elle me masse 10 minutes de plus.

J'ai droit à un super traversin (saucisse) pour mon dos. Comme c'est douillet. Entre mes jambes je trouve la bonne position pour faire un bon dodo.

Le 1er test m'a diagnostiqué le diabète gestagionnel. Mon Dieu je n'ai jamais avalé un truc "autant" sucré. Déguelasse. Je me suis interdit de vomir. le deuxième test n'a rien revéler. Ouf!!! J'ai déja trop à faire et à ne pas faire. Une restriction de plus aurait plombé mon moral.

L'absence de ma famille me pèse. Et puis chéri tu arrives quand?

Echographie de la puce. R-A-S. Elle va bien. Elle suce son pouce, une photo pour le papa et les frères et soeurs. Elle a déja la tête en bas. Le liquide continue a couler (je porte des serviettes hygiéniques et j'ai une alèse sous mes draps); je n'ai aucun contrôle. Ca coule tout seul. La puce prend malgré tout quelques grammes toutes les semaines. J'estime mon ventre toujours trop petit.

Je fais mon régime à moi. Mes soeurs m'apporte de quoi grignoter, McDo..et surtout les bons plats du pays : saka-saka, poulet braisé, sauce arrachide, manioc...En plus des plats de l'hopital. Je mange sans me forcer, j ai tout le temps faim.

Cet après midi on m'enlève les fils du cerclage... sans anesthésie. Un interne Gabonais qui ressemble à mon frère et le Gynéco. Je suis gênée. Il me rappelle trop mon frère. Les pieds sur les étriers, de la bétadine. ne bougez pas. Oh mon Dieu ca fait mal ca! J'ai transpirée, suée...horriblement mal. Le gynéco du Cameroun avait trop trop trop (sans abuser) bien fait son noeud du cerclage. Ouf. Ca y'est. Mais j'en ai bavé hein. On m'explique bien que le fait de oter le fil, mon col est béant (complètement ouvert de l'interieur) et que si le travail se déclenche, ils laisseront la puce sortir. Je sais à quoi m attendre maintenant. Ce soir, demain, dans 1 semaine, elle peut arriver quand elle veut...Chéri rapplique vite fait ici (Nantes).

Mon papa est arrivé du Congo et avec mon beau frère, le mari de ma soeur, ils arrivent à entrer dans ma chambre, ni vus, ni connus. Je suis contente. Je n'avais pas revu mon papa depuis novembre, depuis le décès de maman. Que de tristesse et par dessus tout beaucoup de joie. Puis on arrive à les "choper" Messieurs je vous accorde encore 2 minutes et vous vous en aller. Une seule visite programmée et ponctuelle. Ne lui apporter pas de microbes, ni a elle ni à toutes les femmes de cet étage. Comme de vieux toutous ils s'exécutent. On en a ri et on en rigole encore aujourdhui.

La sage-femme me propose un psy; dès fois que je veuille parler du décès de ma maman, de mon hospitalisation...Malgré mon refus, la psy passe, veut m'arracher les mots de la bouche intelligement. Mais rien. Je suis fermée, bloquée. C'est encore trop récent pour moi et c'est trop intime. Désolée. Je me concentre sur ma grossesse.

Ca y'est mon mari est arrivée. Je pense que c'est la première fois depuis des mois que je me mire réellement. Mon beau miroir...Oh la la. Je me sens moche. J'en ris. Je prends le temps de m'épiler, de me gommer la peau; la veille ma soeur m'a fait des tresses que tout le monde a apprécié. Je suis heureuse, soulagée de voir mon chéri. Lui me trouve jolie, en forme(s) avec de jolies rondeurs...On parle on discute on rit. Que du bonheur.

Alors ce jour là. Ce 16 mars 2010. Moi d'habitude gourmande, ne veut rien manger. Je me sens engourdie. J'appelle mon mari, l'une de mes soeurs. il est 13h et ni du petit déjeuner, ni du déjeuner, je ne goute. Mon mari arrive, se moque de moi, de la tête que j'ai. Je commence a avoir des contractions. J'appelle la S-F, pose du monitoring. Elles ne sont pas bien fortes. C'est peut être votre rein, on va vous poser du Nubin; rien n'y fait. Essayer de patienter 34 semaines pour la petite..si je pouvais. Là je ne contrôle rien du tout. J'ai mal. 2 cm ouvert.

Il est 15h maintenant, les douleurs s'amplifient. On me dit d'être patiente ca ira. Oui mais je connais mon corps, j ai mal et ce n'est pas le rein. Envie de faire pipi. Je saigne....la S-F arrive à 4 cm ouvert. C'est pour aujourdhui. 16h30, ma soeur arrive. On me ramène dans la salle d accouchement. Je suis sereine. C'est le papa qui panique un peu; ma soeur nous suit.

18h, pas beaucoup bougée, 5cm ouvert; contractions. douloureuses. Mon chéri ne dit rien. Une seule personne dans la salle d accouchement. Mon mari et ma soeur alternent. Je suis calme. Le temps passe vite, mais j ai l'impression qu'on stagne. 20h 6cm ouvert; je demande la péridurale avec confiance.

Malheureusement je fais une infection et on ne peut risquer me mettre la péridurale, ca peut me provoquer une méningite au niveau du bas du dos....alors là, je perds mes moyens. Pendant plus de 5 mois j'ai souffert, je ne veux pas souffrir pour ce moment. J'hausse le temps. Rien à faire. Je demande autre chose, rien pour moi. Le bébé n est pas très mature, tous les médicaments qu'on vous donnent pourraient l'endormir et l'alourdir, car ils passent dans le sang.

20h35; ca n'avance pas plus que ça. On doit me percer la poche des eaux pour accéler le travail: mon Dieu non. Finalement j'accepte. Souffrir une bonne fois et après on en parle plus; et puis la puce avant tout.

- Allez-y....Non, non, attendez

On doit percer pendant une contraction, quand la poche se bombe. Et spash...tout chaud, glaireux. et le vrai travail commence. Mon Dieu ca fait mal. On me donne le masque hilarant. Je délire. Je veux pousser; alors je pousse. Entre temps mon chéri vient près de mes épaules, tu n'as rien à faire entre mes jambes...

On voit ses cheveux, elle en a beaucoup. Dès que mon mari l'appercoit, il m'encourage de plus belle. Je n'entends que sa voix. Je sens ma main dans la sienne. Sa présence me fait du bien. La douleur est terrible. Je me laisse aller, je me sens partir ou m'endormir...j'entends la voix de la S-F; vous êtes avec nous Madame IBARA? Vous m'entendez? Je me reprends. Je pousse et voilà notre princesse.

Terriblement belle avec de beaux cheveux et les yeux ouverts. On me la pose sur moi quelques secondes et elle n'a pas le réflexe de téter, de chercher mon sein. Le papa la suit pour les soins et a le temps de prendre la puce en photo avant qu'elle ne soit en couveuse. Et hop....pas le temps de réaliser tout ca, que la sage femme me dit que je ne me suis pas vidée de tout le placenta et qu'ils doivent aller le chercher.

Ça continue, quel calvaire. Et je suis perplexe. Comment vous irez aller le chercher? En mettant la main. Quoi? Vous rigoler? On vous endort, ca ne prend que 10 minutes, vous aviez déja beaucoup souffert. Ah quand même. Je ne me rends pas compte que je m'endors, je me réveille presqu'aussitot. Ca y'est c'est fait. Tout va bien. Votre puce est en Néonat avec une sonde pour s alimenter et respire bien. Elle pèse 2k350g. C'est du beau travail.  Le papa est tout content, heureux, il appelle tout le monde, il a les yeux qui brillent. Isayah-Grace est là, enfin.

Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Enfin, elle est là. On a réussit. Merci mon Dieu.

Le lendemain matin, le papa arrive bien habillé, élégant avec des fleurs pour faire honneur à sa fille et à sa femme. On est contents. On m'appelle de partout, les enfants sont heureux, mes amis...le personnel (Dr, S-f, aide soignnts, Psy,...) descent me féliciter, m'encourager pour la suite.

Direction la Néonat; je redécouvre ma puce dans sa bulle, avec sa sonde et sa 1ere perfusion, pour continuer à combattre l'infection (c'est dur à voir); toute belle et malgré tout en pleine forme. Immédiatement je demande à faire du peau à peau. Comme c'est agréble.

4 Semaines de peau à peau, une semaine avec sonde, deux semaines en couveuse, deux semaines de routine-contrôle. Aujourd'hui Isayah-Grâce à deux ans, parle admirablement bien, a du répondant, aime les livres et se coller à moi et surtout, est en bonne santé, n'a aucune séquelle.

Merci mon Dieu. Merci la vie. 

Commentaires

  • Nono J'ai été complètement bouleversée par ton récit d'accouchement, vraiment touchée. Peut-être aussi de par tes origines, je me suis sentie proche de toi. Et ton histoire (le cerclage) me rappelle celui de ma grande soeur. Tu as été vaillante, tu t'es vraiment battu pour garder ta puce un maximum de temps. Vraiment un grand bravo à toi, et comme tu le dis, un grand merci à Dieu. Je te remercie d'avoir posté ton récit d'accouchement sur cet espace. Ton récit est si émouvant, toutes ces émotions, l'absence de ta famille, l'absence de ta maman, les retrouvailles avec ton papa, la venue de ta petite princesse. C'est vraiment beaucoup d'émotions. Merci de partager tout ça avec nous. J'en suis émue.
    il y a presque 6 ans
  • Muriel Ebao Matala Maman Inès encore bravo! toi même tu sais comment je t'admire!!!!!!
    il y a presque 6 ans
  • Ingrid Devin Bravo a toi de t'etre battue pour ta petite puce et bravo a cette petite puce qui a été si courageuse!! votre histoire est tres emouvante et belle!! L'amour d'une mère n'a pas de limite!!!! Bravo !!!!! je suis tres touché et j'en pleure seule devant mon pc!! MERCI
    il y a presque 6 ans
  • ecrire un commentaire

Articles traitant de sujets similaires

Preparation-accouchement

7 raisons de refaire une préparation à l'accouchement

Postpartum

Ces douleurs post-accouchement qui nous gâchent la vie